Historique

PENEY  --  La vie d’un château du XIIIe siècle

Genava, première mention en l’an 58 avant Jésus-Christ – signée Jules César – d’une bourgade de pêcheurs qui allait devenir Genève, Geneva fut ainsi Ginivis, Gineva et Genève. Dès lors, quoi de plus naturel que la guirlande de vocables primitifs de Peninge, Peniacum, Penacum – tous évoquant l’habitation sur une hauteur – débouche sur Espigny, Pignez ou Peney? Et puis, «Quel joli bruit font ces noms-là!».

Le «Fort de Penay» (selon l’orthographe d’origine), le fameux château dont il est ici question, fut véritablement château fort, au sommet de la colline dominant le Rhône et Genève. Edifié en 1234 sous les ordres du Prince-Evêque Aymon de Grandson, le château n’allait vivre que trois cent et deux années.

L’existence du château de Peney allait être particulièrement dramatique et jouer dans l’histoire de Genève et de ses alentours – et même lointains alentours – un rôle méconnu, sans commune mesure avec la relative modestie du lieu, par ailleurs providentiellement situé dans un admirable paysage. A la brève et rude vie du château devait succéder bien plus tard (puisqu’il s’agit d’aujourd’hui) une «vie de château», grâce au Domaine de Châteauvieux… mais c’est un tout autre propos. A l’époque ancienne que je conte, le temps de la flâne – entendez flânerie – n’est pas encore venu. C’est bien plutôt le règne des combats et son cortège de souffrances. Ainsi s’inscrit dans la tension, sinon dans la bataille, l’affrontement de Peneysans légitimistes et courageux avec les Savoyards et les Bernois. Il faut savoir, en effet, que les sortes de relations diplomatiques qu’ils eurent avec les uns et les autres n’étaient point de vraies alliances.

Le château de Peney eut, tout au long de son destin agité, la vocation de refuge des Genevois «déterminés»: dans le cruel XVIe siècle (cruauté point nouvelle, certes, pourtant exacerbée), les toujours vaillants Peneysans furent, sans le même esprit, les hardis catholiques qui, corps et âmes, firent front à la Réforme, enfin proclamée en 1536. Cependant, si j’ose le raccourci, ce front s’écroula sous Calvin quand, la même année, les Genevois détruisirent le château et, possiblement, faisant d’une pierre deux coups, l’église attenante, dont l’emplacement est celui de la chapelle actuelle, qui ne remonte qu’au XVIIIe siècle.

1536, date décidément glorieuse ici, funeste là! L’on s’en doute, les historiens n’ont pas tous narré de semblable façon les circonstances qui conduisirent à cette campagne. Les Peneysans, qui entendaient la messe tous les jours, proclamaient «Pro Christo et Patria» sur leur drapeau. Au prix de la mort, de l’exil, de la misère, ils refusèrent la soumission. Héros ou traîtres, selon, n’est-ce pas fréquemment le lot des verdicts de l’histoire? Aussi attachons-nous une grande valeur au récit d’un ancien pasteur de Satigny qui, il y a plus d’un siècle et demi, rendit un émouvant hommage aux malheureux Peneysans. Or, donc le professeur Jean-Isaac Cellérier (c’est du pasteur qu’il s’agit) observait que, pour le protestant de Genève, «ces Peneysans signifiaient, autant que les brigands, redoutables hommes cruels et sans foi, traîtres au pays… Quand un Genevois était mal content, que catholique fougueux il voulait combattre la Réforme, il se sauvait à Peney. Les Genevois brûlèrent en février 1536 le château de triste souvenir, et comme ses ruines leur semblaient encore redoutables, quelques temps après ils les firent démolir avec soin. Jamais les Peneysans fugitifs ne rentrèrent en grâce; ils s’en allèrent on ne sait où, en horreur aux Genevois, et toujours exilés de leur terre natale.»

Pour conclure le trop rapide survol de ces pages nobles et tragiques, relevons encore que Peney – là où fut le château, là où est «Châteauvieux» - est devenu Peney-Dessus. Quel beau signe!

«Il ne suffit pas de comprendre.

Tout n’est pas écrit dans les livres;

C’est le signe qu’il faut entendre».

Au-delà de la précision topographique de «Dessus», sachons y découvrir comme le fruit d’une farouche indépendance et – après tant de sang et de larmes versés – le symbole de la paix trouvée ou retrouvée; le simple goût de vivre et de laisser vivre.

"Le bonheur, dans ce haut lieu ce conjugue au présent"

Jean-Paul Darmsteter

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